
Lire un tableau de charges de grue mobile sans se tromper
Portée, longueur de flèche, contrepoids, charge nette : comment lire une abaque de grue mobile et pourquoi une grue 100 t ne lève pas 100 tonnes.
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« Grue mobile » désigne cinq familles de machines qui ne font pas le même travail, ne se transportent pas de la même façon et ne coûtent pas le même prix. Se tromper de famille, c'est immobiliser un chantier une journée parce que la machine ne peut pas accéder, ou payer une classe de tonnage qu'on n'utilisera jamais.
Ce guide décrit ce qui les sépare réellement, au-delà des fiches techniques.
C'est la machine que l'on voit le plus souvent au Maroc. Un seul châssis, une seule cabine de conduite pour la route et une cabine de levage sur la tourelle, quatre à neuf essieux selon la classe. Elle roule sur route à vitesse normale, puis passe sur ses quatre stabilisateurs et travaille.
Ses atouts : elle arrive par ses propres moyens, se met en station en trente à soixante minutes selon le lestage à monter, et couvre une plage de capacités très large — de 50 à plus de 400 tonnes. Sa flèche télescopique se déploie sans montage.
Ses limites : au-delà de 100 tonnes, le contrepoids ne voyage plus sur la machine. Il faut compter des camions supplémentaires, une aire de montage et une grue auxiliaire pour l'assemblage. Une AT de 250 t peut demander six à huit convois. Ce coût de transport est souvent la plus grosse ligne d'un devis de gros levage, et il ne se voit pas dans le tarif horaire.
La tourelle et la flèche sont montées sur un châssis de camion routier standard. La machine roule vite, elle est légère, elle se gare presque comme un poids lourd. C'est la solution pour les interventions courtes et répétées : décharger un transformateur, poser une pompe sur un toit, sortir un groupe électrogène d'une chaufferie.
Capacités typiques : 25 à 80 tonnes. En dessous de 20 mètres de portée, elle fait le même travail qu'une tout-terrain pour un coût de mobilisation nettement inférieur.
Sa limite est le terrain. Un porteur routier n'aime ni la boue, ni les dévers, ni les remblais non compactés. Si l'engin doit quitter le bitume, il faut une tout-terrain.
Famille plus récente, représentée par les Liebherr MK ou les Spierings. La machine arrive comme un camion, se déploie en quinze minutes et travaille en configuration « grue à tour » : flèche horizontale, chariot mobile, crochet qui descend à la verticale de la charge.
C'est la seule réponse rationnelle à un chantier de centre-ville : emprise au sol très réduite, pas de flèche qui balaie les façades voisines, souvent une motorisation électrique sur le poste de travail — donc pas de bruit ni de gaz d'échappement pendant l'opération.
Capacité limitée, en général 6 à 8 tonnes au crochet, mais avec une portée de 40 à 50 mètres. Elle remplace avantageusement une grue à tour sur les chantiers de quelques semaines, là où le montage d'une tour ne serait pas amorti.
Pas de pneus, pas de stabilisateurs : la machine repose sur deux chenilles qui répartissent la charge sur une grande surface. Elle peut se déplacer en charge, ce qu'aucune grue sur pneus ne sait faire.
C'est l'outil des chantiers longs et des terrains meubles : parcs éoliens, raffineries, ponts, montage de grandes charpentes. Les capacités montent jusqu'à plus de 3 000 tonnes sur les modèles de tête.
Sa contrainte est le transport : la machine arrive démontée, sur dix à quarante camions selon la taille, et le montage prend de deux à dix jours. On ne mobilise pas une chenilles pour trois heures de travail.
Compromis entre l'automotrice et la chenilles. La flèche est en treillis boulonné — beaucoup plus légère à capacité égale qu'une flèche télescopique — montée sur un châssis routier. À portée maximale, elle tient des charges qu'une télescopique de même tonnage nominal ne tient plus.
On la choisit quand la charge est loin ou haute : levage au-dessus d'un bâtiment existant, pose d'éléments au centre d'une emprise, montage de silos.
| Type | Capacités usuelles | Mise en station | Terrain | Chantier type |
|---|---|---|---|---|
| Sur porteur | 25 – 80 t | 15 – 30 min | Sol dur uniquement | Intervention courte, milieu urbain accessible |
| Tout-terrain | 50 – 400 t | 30 min – 4 h | Bon | Bâtiment, industrie, montage |
| Compacte urbaine | 6 – 8 t | 15 – 30 min | Sol dur | Centre-ville, emprise réduite |
| Flèche treillis sur porteur | 100 – 800 t | 1 – 2 jours | Bon | Grande portée, grande hauteur |
| Sur chenilles | 80 – 3 000 t | 2 – 10 jours | Meuble accepté | Éolien, pétrochimie, chantier long |
Ce n'est jamais le poids seul qui compte. Une grue « 100 tonnes » lève 100 tonnes à 3 mètres du centre, et parfois moins de 8 tonnes à 40 mètres. Le couple charge × portée est la vraie donnée. Un devis établi sur le seul poids de la charge est un devis faux.
Il faut une surface plane, portante, dégagée, et suffisamment large pour l'écartement des stabilisateurs — de 6 à 13 mètres selon la classe. Si cette surface n'existe pas à proximité de la charge, la portée nécessaire augmente, donc la classe de grue augmente, donc le prix augmente. C'est le point qui fait le plus souvent basculer un budget.
En dessous d'une journée, le coût de transport et de mise en station domine : on privilégie une machine qui arrive et repart seule. Au-delà de plusieurs semaines, c'est le coût journalier qui domine : une chenilles ou une grue à tour redevient compétitive.
Aucune dans l'usage courant : « grue mobile » est le terme générique pour toute grue qui se déplace, « automotrice » désigne plus précisément celles qui roulent par leurs propres moyens avec une seule motorisation. Les grues sur chenilles sont mobiles sans être automotrices au sens routier.
Oui dès que la machine dépasse les limites de gabarit ou de poids par essieu du code de la route. Le transport se fait alors sous convoi exceptionnel, avec autorisation préalable et itinéraire imposé. Le délai d'obtention se compte en jours, pas en heures : il s'anticipe au moment de la planification, pas la veille.
Sur les grues sur pneus, non. Les abaques « sur pneus » existent sur certaines machines mais correspondent à des charges très réduites et à des conditions strictes. Dans la pratique courante, un levage se fait stabilisateurs entièrement sortis et calés, machine de niveau.
Une tout-terrain de 60 à 130 tonnes couvre la grande majorité des bâtiments industriels marocains. Le dimensionnement dépend de la longueur des fermes, du poids unitaire et de la distance entre l'aire de station et l'axe du bâtiment.

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Grue mobile ou grue à tour : critères techniques, coûts et logistique. La grue à tour devient rentable au-delà de 4 à 6 mois de chantier.
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